Cosmo Special/Masami Kurumada

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Traduction

Notes du traducteur

- edokko: désigne une personne née et élevée á Tokyo, et fait aussi référence aux stéréotypes concernant leur caractére.

- famicom: Nom de la NES (Nintendo Entertainement System) au Japon.

- gekiga: désigne un style de manga s'appuyant sur un certain style de dessins et de dialogues. Ce terme englobait autrefois la plupart des mangas sérieux, en contraste avec les mangas comiques pour enfants qui étaient légion. De nos jours, le terme gekiga fait surtout référence aux mangas sérieux pour adultes et jeunes adultes et utilisant un style de dessin proche de la réalité.

- Giants: Equipe de baseball.

- kasaya: vêtements portés par les prêtres bouddhistes au Japon.

- nekketsu: au sang chaud, quelque chose plein d'ardeur et de passion.


« Hier, aujourd'hui... et en route pour le futur ! »

Hier

Hier - 1 : « J'ai reçu un choc la première fois que j'ai vu une oeuvre du maître Miyamoto. Je me suis dit "c'est ÇA un manga ! »


Iga no Kagemaru

Masami Kurumada, qui se trouve en première ligne du Shūkan Shōnen Jump depuis ses débuts en tant que mangaka, est né le 6 décembre 1953 à Tōkyō et est donc un véritable "Edokko". Il était le fils unique de ses parents et a grandi dans un Tōkyō encore en reconstruction. Le chaos laissé par la guerre s'estompait enfin et la population commençait à jouir d'une nouvelle prospérité.


Et donc, qu'avez-vous à nous dire sur cette époque ?

Kurumada : À l'époque il n'avait pas encore de Famicom comme maintenant, et je jouais donc dans les parcs publics et dans les allées. Je louais aussi beaucoup de livres chez le libraire de prêt. À l'école, j'étais un garçon normal avec des résultats moyens et qui se bagarrait parfois. La rumeur prétend qu'au lycée j'aurais été le chef d'une bande de délinquants, mais ce n'est qu'un mensonge propagé par mon responsable d'édition lors de mes débuts (rires). J'ai un peu joué le dur pendant quelques temps, c'est tout. En ce qui concerne les clubs, j'ai intégré celui de judo à 15 ans et ai ainsi commencé à pratiquer ce sport. Mais ce n'est qu'à partir de ma première année de lycée que j'ai commencé à m'y mettre sérieusement (rires).


Et nous arrivons ainsi à l'adolescence, l'âge auquel on commence à se demander ce que l'on veut devenir. C'est aussi à cette époque que vous avez découvert les mangas. Au début, vous étiez juste un adolescent appréciant ce format, comme bien d'autres. Mais ensuite... ça a un peu changé.

Kurumada : J'aime les mangas depuis mon enfance et j'en lisais donc beaucoup. Vers ma troisième ou quatrième année de primaire, j'aimais beaucoup "Tetsuwan Atom" et "Iga no Kagemaru". Ce dernier manga m'a en particulier laissé une forte impression. Je crois que c'était dans le magazine "Shōnen", qui à l'époque était un magazine très raffiné.


Ensuite, vers le collège, je me suis mis aux gekiga, que je louais chez le libraire. Ce genre était alors en plein boom dans ce commerce, et des mangakas encore aujourd'hui célèbres tels que Takawo Saitō ou Mitsuyoshi Sonoda étaient en train de porter le genre en avant avec leurs mangas. Comme le style rond des mangas que je lisais alors était on ne peut plus commun et que je trouvais qu'ils étaient trop enfantins, la structure et la technique des gekiga m'ont parues très rafraîchissantes. Et j'ai ensuite vu dans le Shōnen Jump les oeuvres du maître Hiroshi Motomiya, qui m'ont profondément marqué. Je me suis dit « c'est ÇA un manga ! ». À l'époque le Shōnen Jump n'était pas encore un magazine hebdomadaire, et je le lisais à l'occasion lorsque j'allais manger des ramens au restaurant (rires). En tout cas, ouvrir le magazine et se retrouver exposé à d'impressionnantes pages en couleurs avait une grande force d'appel. Et ne n'aurais peut-être pas eu la volonté de devenir mangaka si je n'avais pas rencontré les oeuvres du maître Motomiya.
Otoko Ippiki Gaki Daishō de Hiroshi Motomiya


Vous avez ainsi pris votre crayon suite à cette rencontre avec les oeuvres d'un grand maître, et le glorieux voyage vous amenant à devenir le mangaka Masami Kurumada a alors débuté. C'est vers la période de la fin du lycée que vous avez commencé à soumettre vos travaux, et avez attendu de pouvoir commencer en tant qu'assistant.

Kurumada : J'imitais depuis mon enfance des dessins de mangas et utilisant du papier de brouillon, comme tout le monde, et c'est juste avant la fin du lycée que j'ai commencé à me servir de papier à dessin approprié. Mais comme j'ignorais de quelle manière il fallait s'y prendre, je faisais mes dessins à l'encre bleue (rires).


Les gekiga et Motomiya Hiroshi avaient tout balayé à mes yeux, et je me suis dit que l'important n'était pas d'avoir des images compactes ou une histoire complètement définie de A à Z, mais que le principal était plutôt d'obtenir un récit distrayant à lire. Pour prendre une comparaison sur le baseball, le déclic qui m'a donné envie de devenir mangaka est comme lorsque quelqu'un veut intégrer les Giants après avoir vu jouer Nagajima ou Ou. Autrement dit, j'ai voulu devenir comme le maître Motomiya. C'est lors de ma dernière année de lycée que j'ai soumis mes premières créations lors de ma participation aux "Hop Step Shō" ("Prix 'Hop Step'") du "Shōnen Jump", qui sont les ancêtres des "Young Jump Shō" ("Prix 'Young Jump'"). Je me disais alors que nul autre participant ne pourrait dessiner aussi bien que moi, mais au final je n'ai même pas obtenu de mention à titre honorifique (rires). Je me suis alors rendu directement au département d'édition pour leur demander pourquoi je n'avais pas été retenu, ce qui m'a ensuite valu des rumeurs disant que j'étais entré en force chez eux (rires). L'éditeur qui m'a reçu m'a fait savoir qu'ils manquaient d'assistants sur un manga dont il s'occupait, "Samurai Giants", et m'a alors proposé cette position. C'est comme ça que j'ai commencé à travailler en tant qu'assistant d'un mangaka professionnel. J'ai débuté en novembre même s'il restait encore la fin du lycée devant moi (mars).


Hier 2 : « Comme à l'époque les histoires sur les chefs de bandes de délinquants étaient foison, j'ai pris une femme comme personnage principal de Sukeban Arashi. »


« Le choc reçu en découvrant les oeuvres d'Hiroshi Motomiya m'a conduit à devenir mangaka. »


Le saut du monde amateur à celui des professionnels. Vous investissez votre jeunesse dans un véritable parcours du combattant et apprenez de nombreuses choses. Le métier d'assistant vous occupe beaucoup, mais vous gardez cependant les yeux rivés sur votre objectif et vous rapprochez petit à petit de l'heure de vos débuts.

Kurumada : C'était vraiment le début dans ce monde pour moi, et avant d'être assistant je ne savais par exemple rien de l'utilisation des screen tones (rires). J'ai aussi appris à passer le tracing pen sur les copies finales et ai été impressionné par la richesse que cela apporte à l'ensemble. Et je faisais aussi des erreurs. Par exemple, dans un manga de baseball l'onomatopée écrite pour les cris de la foule était « uooon » mais j'avais changé de ma propre initiative en « uooo » car je trouvais que ça rendait mieux (rires). Comme le mangaka était quelqu'un de gentil, il ne s'est pas fâché une fois le coup de la surprise passé. Il a cependant fait remarquer que « le texte était pourtant écrit sur les pages à mettre au propre » (rires).


J'ai ainsi continué à travailler en tant qu'assistant tout en soumettant des projets au département d'édition. Comme il fallait que je puisse partir tôt le matin, j'ai du louer un appartement du côté de Shakujii, et ai donc commencé à vivre seul. Mes parents pensaient que je ne m'en sortirais pas tout seul une fois parti du domicile familial et que je reviendrais vite à la maison (rires). Comme la paie mon job d'assistant ne suffisait pas à payer le loyer et les autres frais, il a aussi fallu que je prenne d'autres petits boulots à côté. J'avais 20 ans lorsque j'ai fait mes débuts avec "Sukeban Arashi". À peu près deux ans et demi après avoir commencé en tant qu'assistant donc. Je suis allé apporter en titubant ces planches au département d'édition, planches sur lesquelles j'avais passé tant de nuits blanches pendant que je travaillais en tant qu'assistant.


Sukeban Arashi

Et c'est comme ça qu'est né un nouveau mangaka plein d'ardeur dans le monde des mangas shōnen. La publication de Sukeban Arashi a débuté et les lecteurs ont nettement gravé dans leur mémoire ce jeune auteur capable de leur délivrer une si puissante histoire. Cette oeuvre est finalement devenue votre première victoire et reste pour vous inoubliable, n'est-ce pas ?

Kurumada : En fait, le protagoniste de Sukeban Arashi était un homme à l'origine. De plus, toutes les œuvres que j'avais auparavant envoyées concernaient des lycéens masculins en tant que chefs de bande. Ça me semblait couler de source vu que je comptais faire des mangas ressemblant à ceux de Hiroshi Motomiya, comme son "Otoko Ippiki Gaki Daishō". Mais comme les mangas traitant de lycées pour garçons étaient alors légion, je me suis forcé à changer le sexe du protagoniste pour en faire une fille (rires).


Ce n'était pas grand chose et je souhaitais vite faire mes débuts dans le Shōnen Jump. En contrepartie, j'ai fait en sorte d'extraire les points forts des mangas de Motomiya pour les mettre dans mon manga tout en ajoutant une touche de beauté afin que ça puisse également plaire aux petites filles, en me disant que cette ambiance douce serait un atout renforçant ce manga. Je voulais que les jeunes garçons et les jeunes filles puissent tout autant s'enthousiasmer pour cette oeuvre. Et quand j'ai ensuite reçu de nombreuses lettres de lectrices, je me suis dit que ça avait marché comme je l'espérais. Le manga est devenu populaire, et il est même arrivé pendant sa prépublication qu'il finisse premier dans le classement de votes des lecteurs.


Sinon, c'est aussi à cette période que le choc pétrolier a eu lieu, et il est alors devenu difficile de se procurer du papier, ce qui a contraint le magazine à réduire son nombre de pages. Les chapitres ont du devenir plus courts, et Sukeban Arashi a fini par être interrompu. Je n'oublierai jamais l'amertume que j'ai alors ressenti.


Hier - 3 : "Ring ni Kakero", un manga se focalisant sur l'ardeur qu'il peut procurer aux lecteurs, et "Otokozaka", le "Otoko Ippiki Gaki Daishō" version Kurumada.


« "Un manga qui ne peut enflammer la passion de ses lecteurs n'est pas un manga.". C'est dans cet état d'esprit que j'ai dessiné Ring ni Kakero. »


Ring ni Kakero

L'oeuvre de vos débuts est passée, et les dynamiques épopées style Kurumada ont vu leur intérêt exploser. Et l'oeuvre de votre grande éclosion, le hit, fut Ring ni Kakero. Et un âge d'or dans lequel « Masami Kurumada » est synonyme de manga a succès a alors débuté.

Kurumada : Je pense que l'amertume ressentie suite à l'interruption de Sukeban Arashi a peut-être bien été un tremplin me menant à Ring ni Kakero. Pendant la publication, je me rendais bien compte en dessinant les chapitres que je ne connaissais pas grand chose à la boxe, et mon objectif principal était de faire en sorte d'enflammer la passion des lecteurs. Autrement dit, trouver comment déclencher leur enthousiasme dans un manga nekketsu. Et pour en arriver là, il fallait que les combats aillent au-delà de la boxe normale et deviennent proches d'affrontements comme on peut en voir dans "Ultra Kyōdai" (rires). Mais je pense que c'est bien ainsi. Après tout il est indéniable que c'est typique de mes mangas (rires). Et du coup les boxeurs étaient des ninjas, des chefs de bandes, et même des héros semblant issus de la mythologie grecque, tous réunis autour d'un même thème.


Mais ce qui m'a donné le plus de mal dans Ring ni Kakero -et qui est toujours le cas maintenant- sont les nemu et "one liners". Les nemu sont vraiment ce qui insuffle une vie dans un manga. Le Shōnen Jump a maintenant presque 20 ans, mais seules une cinquantaine d'oeuvres ont dépassé les 50 chapitres. Survivre dans le magazine est difficile à ce point-là. Et c'est en gardant bien ça en tête que je me refuse à me contenter de nemu que je trouve seulement convenables. Car je me dis que si je me contentais de ce genre de nemu par facilité, je serais sanctionné par les lecteurs dans le classement de votes de la semaine. Et je réfléchis donc aux nemu jusqu'au dernier moment, en essayant de trouver toujours mieux que ce à quoi j'ai déjà songé. C'est aussi ainsi que j'ai procédé sur Ring ni Kakero. Je pense que c'est parce que j'ai toujours travaillé de cette manière que j'en suis là aujourd'hui.


Fūma no Kojirō


La tornade Kurumada continue de souffler avec fureur après "Ring ni Kakero". De nouvelles oeuvres ardentes comme "Fūma no Kojirō" et "Otokozaka" se succèdent et envoient invariablement aux lecteurs un souffle de masculinité. Mais il y a eu une oeuvre restée dans l'ombre dans laquelle Masami Kurumada a mis toute son âme jusqu'à l'épuisement.

Kurumada : On parle de "malédiction de la seconde oeuvre" dans le monde du manga, autrement dit "l'oeuvre qui suit un grand hit ne fonctionnera pas". Il est vrai que plus le manga précédent est populaire, et plus la pression est grande sur le mangaka pour son oeuvre suivante. Ou pour prendre un autre point de vue, on peut dire que c'est cette seconde oeuvre qui va confirmer ou infirmer le vrai talent d'un mangaka. Et en ce qui me concerne, j'étais donc très excité à l'idée d'essayer de surpasser Ring ni Kakero avec le manga qui suivrait. Lorsque la publication a touché à sa fin, j'avais trois projets de prêts. L'un d'entre eux était Fūma no Kojirō, un autre était Otokozaka, et le dernier était une histoire de Sumō, mais je ne pensais pas que ce dernier récit pourrait marcher, et même aujourd'hui, je n'ai toujours aucune envie de dessiner ce manga (rires).


Finalement, j'ai décidé d'extraire le meilleur de Ring ni Kakero afin de réaliser Fūma no Kojirō. Après tout, le thème de Ring ni Kakero était la boxe, mais les combats étaient en revanche surnaturels. Les personnages montaient sur le ring en enfilant leurs gants de boxe pour se battre, et dans Fūma no Kojirō ce n'était guère différent, juste qu'ils se battaient hors de l'école en portant leurs uniformes masculins (rires).


Et inévitablement, j'ai enchaîné Fūma no Kojirō par Otokozaka. Pour moi, Otokozaka était le genre de manga pour lequel je suis devenu mangaka, le type d'oeuvre que je voulais dessiner, et j'étais donc très motivé pour le faire. C'était une très grande joie pour moi, car c'est le manga que j'avais toujours voulu créer, aussi bien dans mon enfance que lorsque je suis devenu mangaka. Mais le résultat fut très décevant (rires). Et donc je dirais que si Otokozaka a eu une vie aussi courte, c'est parce que je voulais redessiner "Otoko Ippiki Gaki Daishô". Mais en fin de compte, "Otoko Ippiki Gaki Daishô" est l'oeuvre du maître Motomiya. Je me suis lancé en voulant surpasser ce manga, mais ça a produit le résultat contraire.


Aujourd'hui

Le présent : « Seiya est nekketsu, Shiryū est droit et sérieux, Hyōga est posé et classe... différents stéréotypes choisis pour les protagonistes de Saint Seiya. »

Otokozaka


Et maintenant une oeuvre majeure encore plus ardente. La ténacité du maître a finalement donné naissance à un manga d'action inégalable. Otokozaka a vu Saint Seiya lui succéder, une oeuvre d'un intérêt d'un tout autre niveau et qui est devenue immédiatement populaire.

Kurumada : Songer à faire une histoire au rythme de la mythologie grecque n'est arrivé qu'en cours de route, car quand j'ai commencé à imaginer Saint Seiya, l'idée d'origine était bien plus basique que maintenant. Je pensais faire une histoire sur un jeune karateka, un peu comme dans le film "Best Kid" (ndt: titre de Karate Kid au Japon). Mais même si c'était du karate, je me suis dit que ce serait cool que les personnages puissent lancer des étincelles explosives (rires). Et comme les corps subiraient forcément de sérieux dégâts face à une telle force de frappe s'ils étaient dépourvus d'armures, j'en suis venu à ajouter le concept de Cloths.


Le théâtre du manga se situait au fin fond d'une montagne japonaise, et le chef d'un camp d'entrainement de karate ainsi qu'une jeune fille faisant office de manager auraient trouvé Seiya, tombé près de chez eux (rires). J'ai ensuite eu une réunion avec quelqu'un du département d'édition, mais celui-ci était peu convaincu par ce cadre. Je m'étais dit que le Japon ferait l'affaire en tant que lieu d'entraînement, mais au final cela semblait effectivement peu approprié. La Grèce était en revanche parfaite pour ce genre de choses. Mais pour être honnête, comme il y avait dans la profession une sorte de malédiction condamnant les mangas se déroulant à l'étranger à avoir peu de succès, je n'aimais guère cette idée (rires).


Et le titre d'origine n'était pas "Saint Seiya". J'ai en fait songé à de nombreux titres, comme par exemple "Ginga no Rin". Mais je pense que le titre actuel est le meilleur. J'ai ensuite choisi le terme 聖戦士 seisenshi (soldat sacré), mais ce terme semblait finalement trop commun. J'ai alors changé en 聖闘士 'seitōshi' ("combattant sacré"), et y ai apposé la prononciation "Saint" (seinto) qui rappelle la sonorité du terme japonais. Et d'ailleurs, au début Seiya 星矢 (flèche étoilée) s'appelait en fait Seiya 聖矢 (flèche sacrée). Mais je me suis dit qu'un tel choix pour le nom du personnage principal serait un peu trop propret (rires). Et j'ai donc modifié le premier caractère.


Saint Seiya
Kasaya

Saint Seiya n'est pas seulement une compilation d'aventures façon Kurumada, c'est aussi une oeuvre remplie d'idées innovatrices, comme les Cloths. Et le nombre de lecteurs fidèles a soudain augmenté à la vue des nouveautés proposées par ce manga surpassant les précédentes oeuvres de Masami Kurumada. Et c'est pourquoi Masami Kurumada demeure un auteur lancé sur la voie du succès.

Kurumada : Après avoir défini mon protagoniste, je me suis tout naturellement occupé des autres personnages. Comme Seiya est du genre nekketsu, il fallait un personnage droit et sérieux comme Shiryū. Hyōga est posé et classe, tandis que Shun remplit le rôle du garçon adorable et que Ikki est le loup solitaire. Je pense par ailleurs leur avoir trouvé des noms qui leur correspondent bien. Je me suis demandé si Jabu ne devrait pas être un peu plus impliqué dans l'histoire, mais en fin de compte c'est à la base un personnage avec la même personnalité que Seiya.


En ce qui concerne l'armure portée par le héros, j'avais au début songé à diverses choses comme par exemple une kasaya (rires). Mais lorsque l'on a ajouté le background grec, tout cela a beaucoup changé. Au final, j'ai choisi l'idée de vêtements sacrés (聖なる衣, seinaru koromo, " vêtement sacré") portés lors des âges mythologiques et ai construit le terme "Cloth" (聖衣), qui m'a semblé être le meilleur choix possible. C'est encore une occasion où je me suis torturé pour les noms. Ensuite est arrivé le moment de réfléchir très concrètement aux Cloths, et je me suis retrouvé tiraillé, ne sachant si je devais me rapprocher de la science-fiction ou de ce que l'on pouvait voir dans les animes. En fin de compte, mon responsable d'édition m'a suggéré l'idée d'une armure s'assemblant pour former un cheval, en me disant que ce serait certainement un bon concept (rires). Pour être tout à fait honnête, j'avais des doutes là-dessus et me demandais si ça n'allait pas être infaisable (rires). Et donc, au début je n'avais pas encore décidé que Seiya posséderait la Cloth de Pégase, ni ce qu'il ferait avec une fois acquise. Pour parler d'une autre idée que je n'ai pas utilisé, j'avais songé à faire du héros le fils d'un maître de dojo des quartiers populaires qui aurait un jour découvert son père mort en rentrant, assassiné par un inconnu.

Je pense que poser clairement le cadre permet de continuer ensuite sans trop de difficultés, comme par exemple décider de se baser sur les constellations ou des Cloths et des armes, comme avec la chaîne d'Andromède.


« Saints, Cloths, Seiya..Saint Seiya fait vraiment prendre conscience de l'importance des noms. »


Demain

Le futur : « J'aimerais qu'en lisant une oeuvre dans laquelle j'ai mis toute mon âme et toute mon énergie, les gens la trouvent intuitivement intéressante. »


Saint Seiya

Les mangas actuels ont de profond liens avec ceux du passé, et un grand futur semble encore être promis aux mangas de Masami Kurumada. Les lecteurs peuvent croire en toute confiance que vous créerez une nouvelle oeuvre dont l'intérêt surpassera encore celui de Saint Seiya, qui est pourtant actuellement votre plus grand chef d'oeuvre. That's entertainment. Masami Kurumada est un auteur qui ignore comment ennuyer ses lecteurs. Des mangas dignes de ce nom. That's all.

Kurumada : En ce qui concerne la suite de Saint Seiya, ainsi que je l'ai mentionné, la mythologie grecque est la base de l'histoire, et celle-ci va continuer à être explorée dans cet univers. Je pense aussi peut-être faire un one-shot mêlant diverses mythologies. Pour tout dire, même si Saint Seiya jouit d'une grande popularité, la compétition entre mangas est rude dans le Shōnen Jump et de plus en plus de jeunes mangakas arrivent dans le métier.

Et l'essentiel pour gagner le haut du classement est la puissance délivrée par une oeuvre, et donc dessiner de longs mangas, donner aux personnages des noms élaborés ou concevoir de bonnes histoires peut sembler d'une importance moindre dans le Shōnen Jump (rires). Jusqu'où arriverai-je à trouver chaque semaine de nouvelles idées et à préserver la force de mes oeuvres ? Si un manga échoue ne serait-ce qu'une fois dans le Shõnen Jump, il devient ensuite difficile de percer à nouveau. Et je serai donc bien embêté si de nouveaux auteurs surpassant ma façon de faire apparaissent (rires). Peut-être qu'à ce moment-là je sentirai que l'heure est venue pour moi de me retirer.


Ce que je pense c'est que même si on dessine un manga, l'entreprise sera vaine si l'on arrive pas à s'immerger dans l'univers produit. Les jeunes gens ont en revanche la chance de pouvoir y parvenir aisément car ils sont jeunes (rires). Ils préfèrent s'en remettre à leurs fantaisies plutôt qu'à la réalité du quotidien, et du coup il est alors plus facile pour eux de s'insérer dans le monde de leur manga. Après tout, les mangas sont un monde de fantaisies (rires). En revanche, lorsque la vie réelle commence à nous sourire et que l'on se met à apprécier la vie d'adulte, s'insérer dans le manga devient plus difficile. Après tout, la vie réelle est plus importante que la vie fictive. Et d'ailleurs en ce qui me concerne, Ring ni Kakero était un manga crée par la passion de la jeunesse alors que Saint Seiya est bâti sur la maîtrise technique. Pour Ring ni Kakero j'ai laissé mes émotions me guider en dessinant ce manga avec un état d'esprit genre "je vous tue si vous m'approchez !". Et Saint Seiya serait par contre peut-être devenu une oeuvre tout à fait différente si elle avait été réalisée avec le même genre de voracité.


Mais même si j'insuffle ma volonté dans mes oeuvres, je n'essaie pas en revanche d'y faire passer un message personnel. Tout ce qui m'importe est que ce soit intéressant à lire. Pour dire les choses de manière extrême, ça me suffit si un lecteur prend du plaisir à lire cette histoire dans le train puis jette le magazine une fois arrivé à la gare. Les mangas sont après tout du divertissement. Je pense que si le magazine Shōnen Jump a tant grandi depuis sa création, c'est parce qu'il a très bien compris ceci. C'est également le principe auquel je me conforme à titre personnel, et je pense que quels que soient mes futurs mangas, ça ne changera pas.


Les rêves dessinés par le maître Kurumada sont sans fin. Et il est capable de donner vie à ces rêves. Son crayon est guidé avec splendeur par sa foi pure dans le Manga. C'était vrai hier, ça l'est également aujourd'hui et ça le restera demain. Nous pouvons croire avec assurance que tant que les mangas existeront en ce monde, les aventures Kurumada demeureront immortelles.

Kurumada : Lorsque l'on est enfant, il est possible d'avoir de grands rêves, mais on ne voit plus de tels rêves une fois devenu adulte. Les enfants sont tels les nuages qui flottent doucement dans le ciel bleu et peuvent donc aisément changer. Et ce sont de tels rêves que je dessine.

Les Que pouvez-vous nous dire à propos de C[h]ronus au cours de l'Hypermythe?

Kurumada : J'ai besoin d'expliquer quelques choses qui étaient en fait exclus de l'Hypermythe. C[h]ronus n'est pas seulement le Dieu de tous les temps, et l'espace. Il est le Dieu de tous de l'existence et la création. Quand j'ai créé lui je me suis dit "J'ai besoin d'un dieu qui est au-dessus de tout. J'ai besoin d'un dieu qui est l'incarnation de tout. Je ne souhaite pas pour lui d'être omnipotent, mais un qui est au-dessus de tous les concepts abstraits sans une forme physique ni une forme spirituelle. J'ai même voulu un dieu qui transcende tous les concepts ci-dessus de concepts. C[h]ronus commencé tous de l'existence. Il a fait un "big bang." Même si, c'était un big bang très spécial. Il a été le premier big bang qui allait devenir la première création de la première existence. Ainsi, la première série d'une grande multitude d'univers parallèles ont été faites. Si je devais décrire C[h]ronus. C[h]ronus serait un être qui a été proche de toute-puissance sans être omnipotent. J'avais besoin d'un tel personnage qui irait au-delà de tout. "Un être qui va au-delà de tous de l'existence." C[h]ronus étant tellement spécial qu'il peut créer plusieurs autres séries de séparer, et expansion infinie d'autres univers parallèles. Il est très puissant. Pourtant, je ne veux qu'interférer avec mes plans pour le tout-puissant, omniscient, omnipotent Zeus.


Les aventures Kurumada sont avant tout de grands rêves, et ses lecteurs le savent mieux que quiconque.


Fin de traduction