Livre 2 - Chapitre du sang
De Saint Seiya Encyclopedia - Media Wiki.
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Prologue: Echidna
Le Sanctuaire.
La Volonté Divine pure qui emplissait le Palais du Pope provenait d'une salle destinée au repos située au fond de celui-ci. Deux personnes s'y trouvaient, une jeune femme et un jeune homme.
-Me reconnais-tu, Mei ?
-Saori..., répondit le jeune homme aux cheveux d'argent étendu sur le lit, en s'éveillant lentement.
Il croisa un regard couleur de cendres. La jeune fille qui lui faisait face était d'une beauté éblouissante. Mei se reprit et corrigea le nom par lequel il l'avait appelée.
-Athéna.
-Oui.
La jeune fille était Athéna, déesse réincarnée, et le jeune homme était un Saint, un des guerriers au service d'Athéna.
-Étais-je endormi ? demanda-t-il.
Mei jeta un coup d'oeil sur son propre corps et s'aperçut qu'il était vêtu d'un fin chiton au tissu souple. Il ne transpirait plus. Sa fièvre avait disparu, tout comme la douleur tapie dans la blessure laissée dans son dos par le coup de griffe de Pallas qui n'avait cessé de le tourmenter pendant son sommeil. Cependant, en le regardant bien on ne pouvait qu'être frappé par la pâleur de son visage qui trahissait son état de convalescent.
-Tu as dormi continuellement pendant dix jours suite aux évènements en Sicile, lui annonça Athéna comme à un naufragé ayant perdu le cours du temps.
Mei commença à se souvenir de ce qui s'était passé, des combats avec ces Géants venus de temps immémoriaux, de la résurrection du dieu Typhon, et de quelle manière la Volonté de celui-ci s'était emparée de son être, jouant avec lui tel une marionnette tout en dérobant son Cosmos et ses forces vitales.
-Déjà 10 jours... aussi longtemps que ça...
-Mais tu as eu de la chance. Lorsque tu étais inconscient, ta respiration en était presque devenue imperceptible. Je craignais vraiment que tu ne te réveilles jamais, dit Athéna soulagée.
Cette jeune fille, la réincarnation d'une déesse, semblait à ce moment-là être à nu, sans défense. Son nom était Saori, et le jeune homme se nommait Mei. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, cette scène ne donnait pas l'impression d'un dialogue entre un serviteur et sa maîtresse, et c'est plutôt un mélange de sentiments complexes qui s'en dégageait.
-Il y a une certaine personne qui désire te voir, dit Saori.
-Me voir, moi ? répondit Mei surpris.
Sur la demande d'Athéna une silhouette à la démarche hésitante émergea d'un recoin sombre de cette chambre.
-Mai... maître Mei !!
-Tatsumi ? répondit Mei, très surpris de voir cet homme.
-Alors vous étiez donc vivant... Oh vous vous ne pouvez pas imaginer la joie que ça me procure ! Moi, Tatsumi, ne trouve aucun mot pour exprimer mon soulagement ! dit cet grand homme au crâne rasé vêtu d'un smoking noir, son visage sérieux trempé de larmes.
-Décidément, tu es un homme très dévoué à ta tâche. A ce que je vois, même maintenant tu continues à assumer la protection de la demoiselle Saori.
-En effet ! Ah, si seulement l'ancien maître, Monsieur Mitsumasa Kido était encore vivant, il serait également heureux de vous savoir ici.
Cette personne était Tatsumi Tokumaru, majordome au service de la famille Kido à qui appartenait la Fondation Graad. Pour les 100 orphelins que le défunt Mitsumasa Kido avait réunis afin d'en faire des Saints, l'homme fort qu'était Tatsumi avait laissé l'impression d'être à la fois un garde du corps et une nounou s'occupant de Saori Kido.
-Athéna est aussi l'héritière de la Fondation Graad après tout. Mais... j'ai l'impression que mon smoking me donne une allure un peu bizarre au sein du Sanctuaire, dit Tatsumi en étirant ses bras avec sa carrure de catcheur.
-Ha ha ha.
-Je ne savais pas ! dit Athéna, ou plutôt à ce moment-là Saori Kido, d'une voix tremblante.
Mei comprit immédiatement de quoi il retournait voyant l'attitude embarrassée de Tatsumi.
-Tu lui a tout raconté Tatsumi !
-Je suis inexcusable ! cria un Tatsumi confus.
-Tu n'aurais pas du parler des affaires qui nous concernent, mon père et moi.
-Je sais... je ne l'avais bien entendu pas oublié ! Mais cela fait plusieurs années que le Maître nous a quittés, et la jeune demoiselle Saori s'est éveillée à son état d'Athéna ainsi qu'il le souhaitait. Et maintenant j'apprends que vous étiez toujours vivant. Je ne pouvais pas raisonnablement garder le silence...
-Ah, tant pis, ce n'est pas grave, dit aimablement Mei.
-Je n'avais pas réalisé... J'ignorais tout jusqu'à aujourd'hui, Mei ! Dire que tu es en fait le successeur de mon grand-père, l'héritier de la famille Kido ! dit Saori.
-C'était normal que tu l'ignores, je voulais justement te le cacher.
Mei se tourna vers Athéna, ou plus exactement vers Saori.
-Tu est le véritable héritier de la lignée Kido. A ce que j'ai appris... tu passais parfois du temps avec moi, à me considérer avec affection comme ta petite sœur à l'époque où Grand-père a commencé à m'élever, à un âge dont je ne garde aucun souvenir. Mais à l'origine, c'était toi qui aurait du recevoir la Fondation Kido, ça aurait été le cas si je n'avais pas été là.
-Cette histoire...
-Mei !
-N'évoque plus cette histoire, s'il te plaît. Et surtout pas devant Seiya et les autres.
-Est-ce par rancune envers mon grand-père ? A cause de la décision que ton père a prise ?
-Vous vous trompez, mademoiselle ! intervint Tatsumi, incapable de garder en lui une telle vérité.
Mei se décida à tout expliquer.
-Cela date du jour où j'ai appris que les orphelins réunis dans cette institution étaient tous mes frères de sang. Je ne pouvais alors supporter l'idée de vivre une existence insouciante et dépourvue de contraintes en tant qu'héritier de la Fondation Graad, il était injuste que j'aie droit à un tel traitement de faveur. J'ai finalement demandé à partager le même destin qu'eux, c'était un choix personnel fait en toute connaissance de cause.
-Tu as toi-même choisi ceci...
-Mitsumasa Kido était mon père. Mais c'était aussi celui de Seiya, de Shun, de Hyōga, et de la centaine d'orphelins réunis afin de devenir des Saints. Notre père à tous. Nous avons un lien de sang qui durera le reste de nos vies.
-Ca me rappelle qu'il avait toujours souffert de ce choix, et ce jusqu'à son dernier souffle. Il a du envoyer vers un véritable enfer ses propres enfants, sa chair, afin que ceux-ci suivent des entraînements de Saints, tout ça pour pouvoir protéger l'amour et la justice sur Terre. Il ne les a pas reconnus comme ses enfants pour que ceux-ci puissent rester à l'écart du monde, dit Saori.
-Je le sais, lui répondit Mei.
-Mei...
-Je n'éprouve ni rancœur, ni amertume envers mon père. A vrai dire, je lui suis reconnaissant. Il m'a laissé la liberté de pouvoir suivre le même entraînement de Saint que les autres orphelins, mes frères. Si je ne l'avais fait, je n'aurais jamais pu les regarder dans les yeux lors de nos retrouvailles. Nous n'aurions pas non plus eu de souvenirs d'enfance à partager. J'aurais à jamais été hanté par la culpabilité.
-Mais ce n'était pas de ta faute...
-Et c'est la même chose en ce qui te concerne... Athéna. Il n'y a pas de raisons pour que je bénéficie d'un traitement de faveur.
Saori Kido ne savait que lui répondre.
-Saori, vous êtes la réincarnation d'Athéna en cette ère, et je suis un de vos Saints.
Mei, en son for intérieur, prit la ferme décision de ne plus appeler la jeune fille par le prénom qui lui avait été donné.
-Mais... commença Saori.
-C'est à la fois le destin que j'ai choisi et celui qui était écrit dans les étoiles.
-Maître Mei ! s'exclama Tatsumi, surpris.
-C'est aussi valable pour toi, Tatsumi. Tu ne dois plus t'adresser à moi comme si tu étais à mon service, continua Mei avec un sourire amer.
-Tu comptes donc vivre en dissimulant tes origines et les droits qui sont tiens ? lui demanda Saori.
-Exactement.
-Mais enfin... ! gémit Tatsumi.
-Je me suis déjà fait cette promesse lorsque j'étais enfant, il y a de nombreuses années, et j'étais résolu à mourir pour elle. En quoi le fait que je sois maintenant adulte changerait quelque chose ? Je suis Mei, rien de plus. Je n'ai que ce seul nom depuis que j'ai rejeté mon appartenance à la famille Kido. Alors Tatsumi... comporte-toi envers moi comme tu le faisais à l'époque où j'ai rejoint l'orphelinat. En ce temps-là tu t'efforçais de jouer la comédie et me traitait comme Seiya et les autres, en me frappant si nécessaire.
-Athéna ! dit une voix qui parvenait à travers la porte de la chambre.
-Est-ce vous, Nicol ? s'enquit Athéna.
-Le moment est-il opportun ? demanda le substitut du Pope.
-Oui, vous pouvez nous rejoindre, lui répondit la déesse.
-Ah, Mei ! tu as repris connaissance !
L'homme qui venait d'entrer était le Silver Saint Nicol de l'Autel, évêque du Sanctuaire. Mei, surpris, sortit en hâte de son lit en le voyant, puis il s'écarta de Saori les jambes encore tremblantes et s'agenouilla enfin devant son supérieur. L'évêque avait l'apparence d'une statue grecque, et son visage raffiné reflétait aussi bien sa sagesse que sa culture. Celui-ci retira son casque et se présenta devant Athéna en faisant comme toujours preuve d'une grande déférence.
-Que Mei, si proche des portes de la mort, ait pu être sauvé est indubitablement dû à votre bienveillance, ô Athéna. C'est un miracle provoqué par l'immense amour qui vous habite. Moi, Nicol, dirigeant des Saints en tant que substitut du Pope, vous adresse mes plus sincères remerciements.
-Je n'y suis pour rien, Nicol.
-Et je t'adresse aussi mes plus profonds remerciements Tatsumi pour t'être rendu en Italie et avoir pris en charge les négociations avec l'armée nationale ainsi qu'avec le gouvernement Sicilien, continua Nicol en s'inclinant poliment vers Tatsumi.
-Mei. Te restes-t-il des souvenirs relatifs à la période où tu étais possédé par Typhon ? demanda l'évêque en se tournant vers le jeune homme.
-Un certain nombre. Mais ce sont des souvenirs assez flous. Plus exactement, des fragments épars, et je ne suis donc pas sûr de l'ordre des évènements, du moment où c'est arrivé ou bien de ce qui s'est passé dans le détail. Tout ceci est très confus, répondit Mei à contre-cœur.
-Pourrais-tu m'énumérer ce qui te vient à l'esprit un peu plus tard ?
-Nicol, Mei vient à peine de reprendre conscience... intervint Athéna.
-Je le sais Déesse, mais le monde se trouve dans une situation critique. Les faits et gestes de Typhon, la source de tous nos problèmes, nous sont complètement inconnus depuis l'éruption de l'Etna, et on peut supputer que celui-ci est en train de recouvrer ses forces quelque part. Les recherches menées par les Saints et par nos espions n'ont rien donné et nous sommes désormais à cours de pistes.
-Comment va Seiya ? demanda Mei.
-Ne t'en fais pas, il est bien entendu sain et sauf, lui répondit Athéna.
-Il sautille comme un cabri. Les jeunes gens récupèrent vite, dit Nicol qui pour sa part ressentait encore une vive douleur au niveau du ventre.
-Pardon, je n'ai aucune excuse, dit Mei.
Cette visite lui avait rappelé qu'il avait attaqué Nicol dans le théâtre de l'Acropole, et il présenta alors ses excuses à genoux, avec une politesse à laquelle il n'était guère habitué. Mei se sentait très contrarié par l'offense qu'il avait commise et était perdu quand à ce qu'il devait désormais faire. Lorsque son regard croisa ses mains, Mei se souvint très clairement que celles-ci avaient tenté d'assassiner Seiya. Il avait meurtri la chair de son frère de sang alors qu'il était la marionnette de Typhon, et cette blessure était gravée dans son esprit. Il se blâmait d'avoir été trop faible pour pouvoir lutter contre la possession de Typhon.
-La déesse Athéna t'as accepté en tant que Saint, Mei, lui dit l'évêque.
-Comment ? s'exclama le jeune homme stupéfait.
-Reçois cette Cloth qui prouve que tu es désormais un Saint. Bien qu'elle soit d'un type quelque peu inhabituel... dit Nicol qui était en train de procéder à l'intronisation de Mei en tant que Saint.
Mei dirigea son regard vers la Pandora Box qui était posée dans un coin de la chambre. Une boîte entièrement noire, si noire qu'elle semblait aspirer la lumière autour d'elle. Un motif représentant une femme vue de dos était gravé dessus.
-La Chevelure de...
-C'est la Cloth de la Chevelure de Bérénice, qui est donc ta constellation protectrice, Mei.
-Je vois.
Le jeune homme s'agenouilla à nouveau devant Nicol et prêta serment, jurant de faire preuve d'une loyauté indéfectible envers Athéna. Un nouveau Saint était né, Mei de la Chevelure de Bérénice.
-Tu devras répondre aux ordres de Nicol de l'Autel, représentant d'Athéna en tant que substitut du Pope. Ton devoir en tant que Saint sera de protéger la déesse Athéna et la justice sur Terre. Cette Cloth ne doit jamais être utilisée afin d'assouvir tes intérêts personnels. Si tu venais à enfreindre ces règles et à souiller cette Cloth, saches que celle-ci et ta constellation protectrices se retourneront alors contre toi afin de te détruire.
-Ma Cloth me détruirait ?
-Et c'est sans mentionner le destin particulier que tu as reçu de ta constellation...
-Evêque, qu'est donc vraiment cette Cloth ? demanda Mei en se rapprochant lentement de la Pandora Box.
Les Cloths étaient normalement réparties en trois ordres: l'Or, l'Argent et le Bronze. Cependant, la ténébreuse Cloth de la Chevelure de Bérénice n'appartenait à aucun de ces grades établis.
-Elle est liée à ce qui s'est passé lors de l'antique Gigantomachie. Mei, il est primordial que tu apprennes la vérité à son sujet.
Nicol commença son récit.
La tanière de Typhoeus.
Cet endroit est succinctement évoqué dans un des antiques poèmes grecs épiques. (NDT: Illiade, Arime)
-Ô, mon illustre Maître..., commença avec frayeur un Géant vêtu d'une Adamas de Cornaline qui faisait traîner ses longues griffes sur le sol.
Le dieu que vénérait le Géant était aussi un dieu qu'il craignait: Typhoeus, aussi connu sous le nom de Typhon.
-Athéna..., prononça une voix divine.
Typhon, l'immense dieu des tempêtes était revenu à la vie après la destruction du sceau d'Athéna, et il se trouvait désormais au plus profond d'un réseau d'obscures cavernes pareilles à l'intérieur d'une fourmilière, un structure ressemblant aux cités souterraines de Cappadoce.
-Athéna s'est complètement réincarnée en cette ère.
La partie droite de son corps était enveloppée d'un incessant feu chthonien tandis que la partie gauche, parcourue d'éclairs, était balayée par un vent issu des entrailles de la Terre. Une puissance immortelle résidait dans ce corps asymétrique, asymétrie qui se retrouvait dans la forme de sa ténébreuse Adamas d'Onyx. Celle-ci semblait être née de son corps, à la manière des ongles qui quittent la chair, et elle ressemblait plus à une carapace qui se serait solidifiée d'un bloc sur lui qu'à une armure séparée.
-Athéna s'est complètement réincarnée en cette ère, et de mon côté je dois me contenter d'un corps aussi frêle, continua Typhon, ne s'adressant qu'à lui-même et ne prêtant pas la moindre attention à Pallas de la Stupidité qui se tenait pourtant à ses côtés.
-Kiihh ! Comment ? Même le puissant corps d'Encélade ne suffit pas ? s'exclama Pallas, incrédule.
-Il n'est absolument pas en mesure de supporter mon véritable pouvoir, continua Typhon en se caressant le menton.
Sa mâchoire, fendue par Mei sous l'Etna, avait déjà guéri, mais cette offense ne prouvait que trop bien à Typhon, dernier fils de la lignée des Géants, à quel point le robuste corps de son frère aîné Encélade était insuffisant. Typhon était le vent violent, un être qui n'avait pas besoin d'expliquer ses raisons. C'était un dieu incarnant l'apothéose de la destruction, un tourbillon dévorant tout sur son passage et dont la faim n'était jamais rassasiée.
-J'ai besoin de mon véritable corps, c'est le seul réceptacle approprié.
-Mais... au risque de provoquer votre courroux, je dois vous rappeller que votre corps étincelant fut complètement réduit en miettes par Athéna lors de la Gigantomachie.
-Athéna ! s'exclama Typhon.
Des flammes et éclairs nés de Typhon même se mirent à parcourir la sombre caverne qui fut alors illuminée par leur éclat, tandis que Pallas de la Stupidité criait, effrayé. Ils se trouvaient tous deux face à un autel maléfique, semblable à celui qui se trouvait sous l'Etna. Une terre sainte des Géants.
-Encore et toujours cette Athéna et ses Saints.
Le dieu tourna son regard au dessus de l'autel et fixa une statue qui le surplombait. Cette statue représentait une magnifique déesse complètement nue et à la poitrine opulente. Cependant, un battement de cœur retentit. Il ne s'agissait pas d'une statue mais bien d'un être vivant, bien que son visage inexpressif et ses lèvres closes pouvaient faire croire que cette femme avait été pétrifiée. Qui plus est, son ventre rebondi laisser penser qu'elle était enceinte.
-Une copie de ma personne.
-Ohhh, dit le sot Pallas, captivé par la compagne de Typhon.
Le corps dénudé de cette femme à la peau blanche et à la beauté envoûtante n'était guère dissimulé que par de longs cheveux d'ébène qui descendaient jusqu'à sa taille.
-Que... ? s'étonna le Géant.
Alors que son regard continuait à descendre en dessous de la taille de cette femme, Pallas ne distinguait que des écailles là où il s'attendait à trouver des jambes. Pour une raison ou pour une autre, la parte inférieure du corps de cette déesse était une queue de serpent lovée sur elle même. Qui plus est, l'autel où elle se trouvait semblait suspendu dans l'espace et le temps, une zone que l'on aurait pu appeler un cocon, délimitée par une fine barrière.
-Il s'agit de la Prison du Temps Suspendu, expliqua Typhon, s'adressant pour la première fois à l'attention de Pallas.
-A l'époque de l'ancienne Gigantomachie, juste avant qu'Athéna et ses Saints ne me scellent sous l'Etna, j'ai lancé cette malédiction afin d'emprisonner les Géants encore vivants. Vous n'avez pas été scellés dans les entrailles de la Terre par Athéna, ô mes frères aînés, mais par ma Volonté.
-Comment ? s'exclama un Pallas confus qui avait toujours pensé avoir été emprisonné en compagnie de Typhon par Athéna.
-Contrairement à Moi, vous n'êtes pas immortels mes chars aînés. Si vos corps avaient été détruits il aurait été ardu de vous ressusciter. C'est pourquoi j'ai enfermé vos chairs et âmes dans une prison semblable à celle-ci.
-Je comprends maintenant ! Vous avez d'abord hameçonné ce Mei afin de défaire les sceaux qui nous retenaient prisonniers, et ensuite...
-Le sang des Saints et de mes frères offerts en sacrifice m'ont finalement permis de renaître en ce monde.
-Ah.
-J'ai ressuscité.
-Et qui est donc cette femme ? demanda Pallas, nerveux.
-Il s'agit d'Echidna, la dernière femme de la lignée des Géants, répondit Typhon, dont le regard imprimé de flammes exprimait son admiration envers cette femme à la beauté préservée depuis la Gigantomachie par la Prison du Temps Suspendu.
-Elle porte en elle mon véritable corps, le réceptacle de ma volonté, ma forme adéquate.
-Ohh ! Alors vous aviez donc fait des préparatifs en vue de votre réincarnation ? dit Pallas, acclamant l'ingéniosité de son maître.
-Il est temps de rompre les sceaux de cette prison ! Le corps qui grandit en Echidna sera le réceptacle de ma Volonté ! Et à ce moment-là ma résurrection sera complète ! Mais je vais malheureusement devoir résider dans cette frêle enveloppe jusqu'à ce qu'il soit prêt.
-Ce corps est effectivement misérable, dit une voix inconnue.
-Qui va là ? s'écria Pallas, qui mit ses griffes en position de combat face à cet intrus qu'il n'avait pas remarqué.
Trois silhouettes jusqu'alors indétectables apparurent silencieusement dans cette terre sainte des Géants.
-Fils, dit Typhon sans même regarder les nouveaux arrivants.
-Kihihi.... Fils ?
-Mes fils.
-Ces personnes sont donc... votre descendance divine ? dit Pallas en clignant des yeux, encore stupéfait par la situation.
-Mes enfants, vous qui êtes nés lors de la Gigantomachie d'autrefois et qui avez grandi à la bordure de ce temps suspendu, les sceaux ont été levés !
-Père, répondirent ses fils en se gardant bien d'employer le nom de leur géniteur immortel.
Le nom d'un dieu est une incantation.
Si Typhon avait appelé ses fils par leurs noms, ceux-ci auraient sombré dans la folie et des flot de sang auraient jailli de leurs oreilles. Si sa descendance l'avait appelé par son nom, leur langue aurait été arrachée et ils se seraient vus privés de la parole. Chacune de ces trois silhouettes annonça son propre nom.
-Orthros, le chien maléfique bicéphale.
-Chimera, la bête composite.
-Ladon, le dragon à cent têtes.
-Fils.
-Oui, répondirent-ils à l'unisson.
-Consacrez ces vies que je vous ai données à ma résurrection, leur ordonna fermement Typhon.
Tous trois s'approchèrent sans mot dire et se prosternèrent face à cette Volonté Divine.
Chapitre 1: La Chevelure de Bérénice
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